lundi 10 avril 2017

Carnet noir

J’ai toujours eu l’esprit curieux. Sans en avoir l’air, je tendais l’oreille à la conversation des adultes ; je ne comprenais pas tout, mais je me rendais bien compte qu’ils disaient des choses qui n’étaient pas de mon âge.

Aussi, j’aimais fouiller les recoins oubliés, les tiroirs fourre-tout, et même les poches des habits de ma grand-mère, à la recherche d’une pièce qui y aurait été oubliée.

C’est ainsi que j’ai mis la main sur un petit carnet noir. Mon grand-père y consignait ses souvenirs et ses pensées. Son écriture était menue, propre, sans l’ombre d’une bavure.

En voici un extrait :

« Avoir la foi c’est un peu comme tomber amoureux, à la différence que, dans le premier cas, on s’éprend d’une idée, alors que, dans le second, on est attiré par un être en chair et en os.
Cependant, dans une situation comme dans l’autre, on perd pied dans le monde réel pour glisser sous l’empire de l’illusion. »

*
« La misère sera bannie de la terre le jour où ceux qui en sont épargnés s’en préoccuperont au point de donner un peu d’eux-mêmes pour la combattre. Hélas ! la nature humaine est peu encline au partage. Ne rêvons donc pas, continuons de bichonner nos chiens et nos chats, qui ne demandent pas tant pour être des compagnons dévoués.
L’autre jour, j’en ai vu un emmailloté de fourrure, une plaque d’identité en or sur le collier; il m’avait l’air de moquer l’entichement de sa riche maîtresse en manque d’affection. »

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