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samedi 21 mars 2020

Coronavirus

Les hôpitaux sont engorgés. Les médecins risquent d'être confrontés à des choix cornéliens: laisser mourir les patients les plus fragiles au profit de ceux qui ont des chances réelles de guérir. Hippocrate doit se retourner dans sa tombe. Qu'on retienne ses deux chiffres: l'Allemagne dispose de 20000 lits équipés pour la réanimation, alors que la France n'a que 5000, quatre fois moins. A qui la faute? Au manque de clairvoyance des gouvernants qui, depuis de longues années, ne cessent de rogner le budget des hôpitaux. Voilà pourquoi la qualité des services de santé publique se dégrade année après année. Les meilleurs médecins quittent le service public pour aller dans le secteur privé où ils sont mieux payés. Les cliniques et les hôpitaux privés, des établissement à but lucratif, sont réputés plus efficaces, mais pas du tout moins coûteux. 
Mais l'inimaginable est que, au cœur d'une calamité susceptible de causer des milliers de morts, il n'y a même pas assez de masques pour protéger le personnel soignant engagé, nuit et jour, dans une véritable course contre la mort. Pourtant, c'était facile à prévoir. On savait que l'épidémie qui venait d'éclater en Chine arriverait en Europe. Pourquoi, dès la mi-janvier, on n'a pas eu l'idée de vérifier si notre système de santé était prêt pour combattre au mieux le coronavirus?
 Enfin, qu'il nous soit permis d'espérer que l'épidémie, qui sévit partout dans le pays, serve au moins de leçon à ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.

samedi 14 mars 2020


« Le XXIe siècle sera mystique ou il ne sera pas. » Je cite André Malraux. On ne peut pas dire que la spiritualité est en train de s’accroître sur Terre, tant s’en faut. Le scandale des prêtres pédophiles, qui défraient la chronique régulièrement, apparaît comme le signe tangible de la décadence de l’Église. Bref n’est pas visionnaire qui veut.
Qu’avons-nous vu depuis le début du siècle ? L’activisme islamiste d’Al-Qaïda qui a culminé avec l’attaque au cœur de Manhattan. On a vu aussi deux guerres punitives de dictateurs régnant en maîtres au Moyen-Orient. D’abord celle d’Irak, décidée par George Bush. Après la destruction des tours jumelles, il fallait venger l’affront. Faute de pouvoir envoyer l’armée contre l’insaisissable Ben Laden, il lui fallait un bouc émissaire. Il a trouvé Saddam Hussein. Pourtant, il ne détenait pas la moindre preuve que le maître de Bagdad était mêlé de près ou de loin à l’action terroriste. Il a trouvé une justification pour justifier l’invasion de l’Irak. Dieu l’aurait investi d’une mission : instaurer la démocratie au Moyen-Orient. Devant pareille énormité, on peut se poser des questions sur les capacités des hommes qui gouvernent le monde.
En 2011 a éclaté la guerre de Libye. Apparemment, le colonel Kadhafi dérangeait des hommes politiques de premier plan, et parmi eux Nicolas Sarkozy. Il a été enlevé, puis exécuté aux environs de Syrte. Mais des zones d’ombre restent à élucider sur les circonstances de sa mort.
L’invasion de l’Irak et la guerre de Libye ont déstabilisé le Moyen-Orient et créé les conditions qui ont permis l’émergence de Daesh. L’Irak et la Libye sont en proie à la division et au chaos. Cela ne fait qu’accentuer la misère du peuple. Voilà la situation engendrée par des conflits armés que rien ne justifiait.
*

mardi 13 mars 2018

Je viens de loin



Vous, qui êtes nés libres, ne pouvez pas apprécier, à sa juste mesure, la chance que vous avez eue. 


La liberté vous accompagne sur le chemin de l’école ; elle vous suit à l’université. Vous avez le droit de critiquer la gouvernance du pouvoir en place, et vous n’hésitez pas à manifester haut et fort votre mécontentement. Beaucoup d’entre vous ont participé activement à la révolte estudiantine de mai 1968, qui a débouché sur une crise sociale et politique et fait vaciller les sommets de l’Etat. Une situation que je ne pouvais même pas imaginer dans ma terre natale.

Je suis né bâillonné, je devais porter malgré moi les chaînes invisibles qui accablaient mes parents. L’oppression fasciste s’était abattue sur le pays, elle avait muselé le peuple qu’elle condamna au silence et à la nuit obscurantiste.Je suis né dans un taudis, à quatre heures du matin et, selon ma mère, il pleuvait à verse et le vent sifflait sur les toits. Mon premier cri a dû être un cri de révolte. J’ai vu les ténèbres avant de voir le jour. Mon étoile a lui un instant dans la déchirure d’un nuage, m’a envoyé un reflet pâle sur le front, à travers la feinte de deux tuiles disjointes, et elle s’est dérobée aussitôt au spectacle de ma misère.

J’ai grandi librement, j’allais à l’école nu-pieds sur des chemins caillouteux. Premier en classe, brillant, appliqué, l’institutrice m’a pris en affection, et elle regrettait que je ne puisse pas poursuivre mes études. A dix ans, je me suis trouvé désœuvré, errant dans la nature, traînant dans les chemins du village. Il m’a fallu apprendre un métier.

Mes maîtres ont été déçus au vu de mes résultats à l'école. Ils pensaient avoir à former un petit prodige , et ils se sont retrouvés avec un apprenti médiocre sur les bras. Je n'avais point l'esprit cordonnier, et pourtant, des années durant, j'allais gagner ma vie battant des semelles.

À vingt ans, j'ai été appelé sous les drapeaux. Alors, la guerre coloniale en Afrique brûlait la nourriture de toute une nation, compromettant son avenir, et elle versait le sang des enfants de celle-ci pour rien. On m'a envoyé sous les tropiques payer mon tribut de douleur à la stupidité humaine.

Quand je suis revenu dans mon village, les vieillards, assis sur le seuil de leur masure, regardaient le temps s'enfuir sur la crête des arbres noyés dans le crépuscule; les enfants jouaient sur les chemins; les champs s'étendaient abandonnés aux mauvaises herbes. La jeunesse était partie à la recherche de plus larges horizons.

À mon tour, j'ai dû suivre les pas de mes compatriotes, malgré mon attachement au pays de mon enfance. J'ai pris donc les sentiers de l'émigration.




vendredi 19 mai 2017

Le Fleuve d'Or

Je préfère la saison chaude, surtout la période des vacances. Je file vers le sud, je mets le cap sur la pointe la plus occidentale de l’Europe. L’année dernière, j’ai vécu un mois sous une voûte céleste d’un bleu profond où s’étalait un soleil éclatant du matin au soir.

J’ai frayé avec des nuits coiffées de leur couronne resplendissante de diamants, suggestives et voluptueuses comme des déesses noires sortant de leur bain, à demi nues, et qui m’inspiraient des songes éveillés où j’éprouvais l’ineffable bonheur d’être.

Je me plais à observer les vacanciers sur les plages, les campings, les sites touristiques. Après un an de travail, les longues journées rendues pénibles par le stress, la fatigue tenace, les sujétions diverses, les voilà affranchis des contraintes ordinaires. Ils sont enfin libres, détendus, souriants, pleins d’aise, car ils ont le temps de prendre le temps.

Avec leur location réglée et une grosse poignée d’euros en poche, ils ont l’allure prospère et insouciante de millionnaires en villégiature. Certains (dont moi-même) cèdent à la tentation d’aller faire un tour au casino d’où l’on sort plus souvent fauché que les poches pleines. Qu’importe ? L’instinct ludique est là pour soutenir l’espoir de gagner. Ils reniflent l’atmosphère recueillie, tendue par des bouffées d’adrénaline ; puis, ils tâtent les manettes du hasard. Qui sait ? Peut-être que le gros lot n’attend que leur escarcelle pour tomber sous leurs yeux éblouis.

Quoi qu’en pensent les esprits chagrins, les congés payés, arrachés en 1936 au capitalisme, qui n’en est pas mort, représentent une avancée sociale que je considère comme un tournant dans l’histoire de la civilisation occidentale. Pour le salarié, c’est un espace de liberté totale, le droit de quitter pour un temps l’ornière « métro, boulot, dodo », et la possibilité de s’évader vers une oasis de paix où il peut retrouver un bien-être qui le rapproche du bonheur perdu de l’âge d’or…

Mais revenons sur terre. La période des vacances est aussi l’occasion de ressentir des désirs dont la satisfaction a été ajournée sine die. Ainsi, j’ai fait la petite croisière dont je rêvais, sur le fleuve d’Or. J’ai remonté son cours en aval de Porto jusqu’à la région vinicole, où l’on produit le vin de même nom, et qui a été inscrite au patrimoine de l’humanité en 2001.

Dès potron-minet, j’étais sur le quai de Gaïa au milieu d’une foule de gens, attendant d’embarquer dans «La Sirène Bleue ». L’horloge de la cathédrale qui surplombe le fleuve a sonné huit heures.

Enfin, le paquebot fluvial a largué les amarres, nous partions pour une croisière de sept heures au milieu d’un paysage somptueux. Le fleuve serpente à travers le pays accidenté, dans son lit encaissé entre des rives en pente. Je suis debout sur le pont, allant de la poupe à la proue, toujours en éveil ; tantôt, je prends des photos, tantôt, je griffonne des notes dans un carnet.

On aperçoit çà et là des chalets solitaires, nichés dans des écrins de verdure ; ici, un petit village ramassé autour d’une église descend d'un pied fringant au bord de l’eau ; plus loin, un cheval alezan, la robe luisante, la queue en trompette, gambade sur l’herbe.

Puis, on découvre un corps de ferme délabré, à l’exception du mur de l’étable revêtu d’azulejos, sur lequel on peut lire : « Ferme de la Joie ». La Sirène Bleue navigue à petite allure d’un méandre à l’autre. Bientôt, nous atteignons le barrage du « Carrapatelo » dont l’écluse pour y accéder a trente-cinq mètres de profondeur.

C’est ensuite qu’on aperçoit les premiers vignobles à flanc de coteau, rayonnants de soleil. Encore quelques contours, puis l’horizon s’élargit tout autour, et on ne voit pour ainsi dire plus que des vignes plantées en terrasses, qui forment une sorte d’amphithéâtre gigantesque à ciel ouvert. Chaque terrasse n’a qu’une rangée de ceps qui, vus de loin, ressemblent à de grosses tresses d’un vert tendre, alignées les unes au-dessus des autres, sous l’œil réjoui de Dionysos.

Avant de rentrer en France, je suis encore allé faire un tour au casino de Povoa de Varzim, une ville joyeuse au bord de l’Atlantique, port de pêche et plage très fréquentée en été, située à une trentaine de bornes au nord de Porto.

J'ai pris place devant une machine à sous, à côté d'une vieille dame si concentrée dans le jeu qu'elle ne s'est pas rendu compte de mon approche. Elle avait des cheveux blancs, était habillée avec un goût discret qui ne manquait pas de distinction, et elle portait des lunettes à la mode, placées au bout du nez pour plus de confort.

La nuit précédente, j'avais fait un rêve de bon augure ; je l’ai interprété suivant les agréables sensations qu’il m’a procurées. J'étais confiant, persuadé que, peut-être, j'allais enfin gagner le jackpot. Je me suis promis, néanmoins, de ne dépenser que vingt euros au plus. 

La machine engloutissait un à un tous mes jetons ; elle venait d'avaler le dernier. Je me suis dit : « Encore un coup, et ce sera terminé. »

J'ai tiré sèchement sur le manche, et, presque en même temps, une pluie de jetons s'est mise à crépiter joyeusement dans le bac métallique. Un sentiment d’allégresse s’est emparé de moi.

Mais mon bonheur n'a duré que les quelques secondes qu'il m'a fallu pour me rendre compte de ma méprise, m'apercevant de l'hilarité de ma voisine qui trémoussait sur son tabouret et agitait ses bras, étourdie par la musique de la fortune qu'elle venait d'entendre.
J'ai quitté le casino me jurant de ne plus jamais y mettre les pieds, mais, au fond de moi, je savais bien qu'aux prochaines vacances je ne manquerais pas d'y revenir retenter ma chance.

J. L. Miranda


samedi 15 avril 2017

Femme libérée

Longtemps, la femme n’a consenti qu’à laisser entrevoir ses chevilles. Le reste de son corps était une affaire d’imagination. On n’avait pas d’autre choix que de la déshabiller mentalement.

Puis est venu le temps où la femme a pu dénuder timidement ses mollets. C’était un progrès considérable. On avançait lentement, mais surement vers le triangle blond ou brun, objet permanent de la pensée du mâle en mal d’amour.

Dans l’entre-deux-guerres, grâce à l’audace de quelques pionnières, la mini-jupe fit son apparition dans les milieux du spectacle et du sport. Mais il a fallu attendre les années 60 pour qu’elle envahisse la rue. On entrait alors dans une nouvelle ère. Les tabous engendrés par la morale judéo-chrétienne allaient être allègrement bafoués.

Le mouvement s’est accéléré avec la révolution de mai 1968 et la libération de la femme. On la voyait désormais bronzer au soleil, habillée d’un simple bikini. Où s’arrêtera-t-il, le relâchement des mœurs ? se demandaient les bigots qui, pourtant, ne s’interdisaient pas de loucher sur la chair appétissante.

Entre-temps, la prostitution s’accroît dans les villes. Les maisons closes étant interdites depuis 1946 en France, les prostitués se répandent dans les bois et les boulevards, sans aucun contrôle sanitaire, à la grande satisfaction des maquereaux.

Mais c’est avec le développement d’Internet que le commerce du sexe connaît une expansion sans précédent. Les sites consacrés à la pornographie s’invitent subrepticement sur tous les écrans. Les femmes sont nues comme Ève, elles font du sexe avec l’impudeur des chiennes.

Il n’y a plus rien à voir. Rideau !

L’homme n’a plus le plaisir de déshabiller une femme mentalement. Il va droit au fait. Il n’est plus donné à l’adolescent l’excitation de rêver en voyant une fille balancer ses hanches. Il n’a pas encore des poils sur le menton qu’il connaît déjà l’anatomie féminine dans ses moindres replis.

C'est ainsi, le monde va de l'avant. On peut se demander ce qu'il en sera dans cinquante ans. Peut-être reviendra-t-on au temps de l'Empire Romain. En effet, on a pu voir dans la série "Rome" un couple de patriciens faisant l'amour devant des tiers. C'était les mœurs de l'époque, cela n'avait rien de choquant.



lundi 10 avril 2017

Carnet noir

J’ai toujours eu l’esprit curieux. Sans en avoir l’air, je tendais l’oreille à la conversation des adultes ; je ne comprenais pas tout, mais je me rendais bien compte qu’ils disaient des choses qui n’étaient pas de mon âge.

Aussi, j’aimais fouiller les recoins oubliés, les tiroirs fourre-tout, et même les poches des habits de ma grand-mère, à la recherche d’une pièce qui y aurait été oubliée.

C’est ainsi que j’ai mis la main sur un petit carnet noir. Mon grand-père y consignait ses souvenirs et ses pensées. Son écriture était menue, propre, sans l’ombre d’une bavure.

En voici un extrait :

« Avoir la foi c’est un peu comme tomber amoureux, à la différence que, dans le premier cas, on s’éprend d’une idée, alors que, dans le second, on est attiré par un être en chair et en os.
Cependant, dans une situation comme dans l’autre, on perd pied dans le monde réel pour glisser sous l’empire de l’illusion. »

*
« La misère sera bannie de la terre le jour où ceux qui en sont épargnés s’en préoccuperont au point de donner un peu d’eux-mêmes pour la combattre. Hélas ! la nature humaine est peu encline au partage. Ne rêvons donc pas, continuons de bichonner nos chiens et nos chats, qui ne demandent pas tant pour être des compagnons dévoués.
L’autre jour, j’en ai vu un emmailloté de fourrure, une plaque d’identité en or sur le collier; il m’avait l’air de moquer l’entichement de sa riche maîtresse en manque d’affection. »

Migrants



Dans la mer aventureuse de la jeunesse, j’ai toujours rêvé naviguer vers des horizons splendides, sans trop me demander où accosterait mon navire. Le rêve me tiendrait lieu de carte, l’intuition me servirait de compas.

Mais un beau jour, vers ma vingt-cinquième année, j’ai senti la nécessité de prendre un virage décisif. Alors, saisissant la barre à pleines mains, j’ai mis le cap sur la France.
J’abordais ainsi une phase nouvelle de ma vie, bien plus rude que la première.

Ayant choisi la route de l’émigration, je m’interdisais toute velléité de retour en arrière. Après avoir pris pied dans le prospère pays des francs, je ne pouvais rentrer chez moi que la tête basse, semblable au soldat accablé par la défaite. Dès lors, le reste de mes jours, je les vivrais comme un raté, le cœur abreuvé d’amertume chaque fois qu’un compatriote, fier de sa réussite, reviendrait au pays en vacances.

J’avais la ferme intention de vivre ma vie ici, quoi qu’il advienne. Pourtant les difficultés m’apparaissaient si grandes, si nombreuses que, songeant à ma faible personne, je désespérais de ne jamais pouvoir les surmonter. Coupé de mes racines, j’allais affronter un environnement hostile ; j’aurais à endurer la plus terrible des solitudes, celle qui fend le cœur de l’exilé de tous les abandons.

Je devrais m’habituer au climat, tout apprendre des gens et de leur façon de vivre, franchir la barrière de la langue sur l’échelle verbale. Je devrais avancer pas à pas, lentement, construisant des phrases simples avec des mots entendus çà et là, les mélangeant à d’autres, mémorisées au hasard de lectures laborieuses. Bref, je me trouvais au pied d’une montagne escarpée, dont le sommet était coiffé d’un grand soleil.

C’est avec la foi d’un païen converti, à tâtons, dans le brouillard de l’incertitude que j’ai attaqué les premiers coteaux. Pourvu que j’atteigne le milieu du versant, me disais-je lorsque l’abattement me gagnait, ce sera déjà un motif de satisfaction.

Je marchais en terre étrangère, qui a fini par devenir la mienne, sans trop savoir où aboutiraient mes pas. Je ne saurais me permettre le luxe d’un plan de carrière, pas plus que d’ouvrir une fenêtre ensoleillée sur l’avenir. Je me trouvais dans une situation précaire, dénué de tout lien, exposé bien souvent à la mauvaise volonté et au mépris. Il me fallait trimer chaque jour, rien que pour pouvoir vivre et espérer.

Je suis arrivé à destination un 29 juillet. J’avais mis plusieurs jours et autant de nuits pour traverser la Péninsule ibérique et une partie de la France. Presque deux mille kilomètres parcourus dans l’incertitude la plus totale, sans véritable répit, à pied, en auto-stop, en car, en train, recru de fatigue, transi de peur par moments.

Même si, à cette époque-là, les autorités portugaises et espagnoles laissaient filer les émigrants clandestins qui se ruaient vers le nord de l’Europe, l’aventure en solitaire n’était pas sans danger. Les exploiteurs de la détresse humaine se tenaient aux aguets.

Toujours aussi périlleuse, mais moins lucrative, l’activité des passeurs avait fait son temps. Quelques-uns s’étaient reconvertis en trafiquants de sueur humaine.

A la gare routière d’Orense, en Espagne, j’ai été abordé par un type aux mains oisives, à la mise soignée ; il m’assurait un emploi dès mon arrivée en France. Il me proposait une promesse d’embauche contre le versement immédiat de dix mille pesetas ou escudos, suivant la couleur des billets de banque que j’avais sur moi. A l’entendre, c’était une affaire à saisir sans hésitation.

J’ai refusé son offre lui disant qu’elle ne m’intéressait pas et que, du reste, je n'en avais pas les moyens. Il m'a répondu que je pouvais payer plus tard ; il suffisait que je signe un papier attestant que je lui devais la somme convenue ; il se ferait régler directement par mon futur employeur.

Comme je m’éloignais lui signifiant que la discussion ne servait à rien, il m’emboîta le pas et revint à la charge, fronçant les sourcils, me pressant de signer ; puis, prenant conscience que je n’avais pas l’intention de me laisser conter, il se mit à débiter des menaces à mi-voix. Il avait un contact dans la police, allait me dénoncer, je rentrerais au pays menottes aux poings.

A cet instant précis, le café qui se trouvait en face de nous, de l’autre côté de la rue, m’apparut comme un refuge pour échapper à l’escroc. Auprès des gens qui s’y trouvaient attablés, et surtout le patron que je voyais en train de tirer des bières pression, je me sentirais en sécurité. Je m’y suis donc précipité, le cœur bondissant dans la poitrine, comme si j’avais un chien enragé aux trousses.

Derrière le comptoir, le patron, un homme d’une cinquantaine d’années, plus robuste que la moyenne des Espagnols, quelque peu enveloppé, arborant un large poitrail de catcheur à la retraite, comprit en me voyant que j’étais sous pression, comme la bière qui coulait sur la paroi embuée de la chope qu’il tenait à la main.

Entre-temps, M. Gomes, c’était ainsi que s’appelait le trafiquant de main d’œuvre, pénétra dans le café à son tour, décontracté, lui, comme un touriste qui a envie boire un verre, et il est venu se coller contre moi.

Ramassant tout mon courage, je lui ai dit d’une voix assez forte pour que tout le monde puisse m’entendre:

– Je vous ai dit que je ne veux pas de votre emploi. J’ai des amis en France, je me débrouillerai bien tout seul.

Le cafetier, qui connaissait sans doute le genre de fripouilles qui tournaient autour de la gare routière, s’est adressé au garçon qui se trouvait assis près de la porte.

– Pablo, va me chercher le sergent Garcia. Dis-lui que c’est urgent.

Cette formule s’est avérée aussi efficace qu’un jet d’eau bouillante sur un nid de guêpes. Pablo n’avait pas encore bougé de sa chaise que Gomes déguerpissait sans demander son reste.

Tout de suite, je me suis senti plus à l’aise ; c’était comme si je portais une cravate trop serrée autour du cou et que je décidais de la dénouer, déboutonnant le col de la chemise par la même occasion. Aussitôt, mon souffle retrouva sa profondeur et son rythme naturels.

Du coup, j’ai eu envie de savourer un demi pression ; mes lèvres frémissaient devant la mousse blanche, fraîche et soyeuse qui coiffait la bière. J’ai fait un signe au patron ; il glissa une chope devant moi.

J’ai tenu à payer d’avance. J’ai posé sur le comptoir un billet de cinq cents pesetas qui voisinait, dans mon portefeuille, avec quelques petites coupures en francs..

J. L. Miranda
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jeudi 6 avril 2017

Le Burkini




  

La difficulté des rapports avec les musulmans n’est pas uniquement française, mais elle est incontestablement plus complexe et violente chez nous qu’ailleurs.

Souvenons-nous de l’embrasement de nos banlieues en 2005. Alors, Daesh ne menaçait pas l’Occident, il n’avait pas la capacité de nuisance qu’on l’a laissé acquérir par la suite. On ne peut donc pas dire que les attentats revendiqués par l’organisation terroriste sont à l’origine du problème. Ils l’ont juste ramené sur le devant de la scène médiatique, mettant en relief son caractère urgent.

Une constatation s’impose à l’esprit, pour peu qu’on s’intéresse à l’actualité : les gouvernements successifs, depuis 2005, n’ont pas su ou voulu prendre les mesures qui s’imposaient pour favoriser l’intégration des Français d’origine maghrébine. D’ailleurs, leur intégration est une entreprise de longue haleine qui aurait dû être envisagée sérieusement bien avant.

J’ai côtoyé dans les ateliers des usines de nombreux Arabes. La plupart d’entre eux tenaient, à l’égard de la France et des Français, des propos qui montraient leur rejet de nos valeurs. J’ai pu aussi observer comment des ouvriers français de type européen voyaient leurs camarades qui avaient leurs racines de l’autre côté de la Méditerranée. Leur discours était imprégné d’arrogance, de mépris et d’un sentiment de supériorité humiliant.

Cela ne signifie pas que l’entreprise d’intégration, si elle était menée sérieusement par des hommes animés de la volonté d’aboutir, se serait fatalement soldée par un échec. Mais il n’est pas trop tard pour prendre la question à bras le corps. Malheureusement, dans ce domaine au moins, la philosophie chère à M. Chirac – « Il n’existe pas de problème que l’absence de solution n’ait fini par résoudre » – semble avoir prévalu après lui, pour le plus grand malheur de la France.

Il est indéniable que l’action des salafistes nuit à l’intégration des musulmans. Pourquoi les laisse-t-on prêcher leur doctrine intégriste en toute tranquillité ? Ils multiplient les provocations, vont de plus en plus loin, avec un plan bien précis : diviser les musulmans et déstabiliser la société française. Avec le burkini, leur dernier coup en date, ils ont réussi à semer la zizanie dans les plus hautes sphères du pouvoir. M. Valls et deux de ses ministres s’opposent sur le sujet. S’agit-il encore d’une erreur de communication du Premier ministre ?

En tout cas, sa position radicale ne favorise pas l’intégration difficile des femmes musulmanes, c’est le moins qu’on puisse dire. Je me demande pourquoi les questions de ce genre semblent insolubles en France, alors qu'en Allemagne et au Royaume-Uni, par exemple, cela ne provoque pas de grands remous. La capacité française d’intégration serait-elle en panne ?

Peut-être que le rajeunissement de la classe politique nous remettrait en phase avec l’évolution rapide du monde. Chez nous, on prend les mêmes et l'on recommence. On dit que les vieux routiers de la politique ont l’indispensable expérience du pouvoir, et c’est vrai, mais ils manquent d’idées neuves, d’audace et d’imagination. Quand ils sont aux affaires, leur action est très vite conditionnée par l’échéance électorale à venir. Moi d’abord, la France et les Français ensuite. Autant dire que l’homme providentiel n’est pas encore inscrit sur la liste des prétendants.

Liberto Borges

Une pièce de monnaie

Une pièce de monnaie
La mémoire est capricieuse, elle peut garder précieusement un souvenir banal, vieux de cinquante ans, et enfouir, dans ses tiroirs obscurs, des tranches de vie saignantes vécues récemment.

Je me remémore fréquemment une scène qui remonte à un passé lointain. C’est sans doute mon souvenir le plus ancien. Je devais avoir trois ou quatre ans. Il fallait que je me hisse sur la pointe des pieds, les bras levés, pour toucher le bord du comptoir de l'épicerie.

Ce jour-là, je venais de trouver, dans la fente du mur de notre masure, une pièce de monnaie recouverte de vert-de-gris qui n’avait plus cours depuis longtemps. Je me suis empressé de courir la dépenser. J’ai mis avec peine mon petit trésor sur le bord du comptoir.

Une jeune femme souriante s’est penchée pour me regarder, après m'avoir donné une tape légère sur les doigts. Elle m’a demandé ce que je faisais là. Je lui ai répondu promptement que je voulais acheter des bonbons.

J’avais reculé vers la porte pour regarder la jeune épicière. Elle a retourné la pièce de monnaie dans la main. Puis, l’ayant glissé dans la poche de son tablier, elle prit trois caramels dans un grand pot de verre et me les a donnés, tout en précisant qu’il ne fallait pas revenir avec des pièces sans valeur.


Liberto Borges

mercredi 5 avril 2017

L'envie d'écrire

Je suis arrivé en France, il y aura bientôt quarante ans. J’étais alors un jeune homme un peu rêveur, qui caressait vaguement l’espoir de réussir dans les lettres. Aujourd’hui, fort de mon expérience vécue, je regarde avec beaucoup de complaisance mes longues années de tâtonnements qui ont abouti à une œuvre littéraire à l’état d’ébauche.

Dans des jaillissements désordonnés, j’écrivais des poèmes de composition fruste, ignorant la métrique. Je n’avais pas la patience de chercher la forme la plus adéquate aux sentiments que je voulais exprimer. J’écrivais dans la douleur, un peu comme une femme qui accouche. Mes vers étaient des cris de souffrance que personne n’entendait, d’autant plus pathétiques qu’ils n’entamaient pas le silence sépulcral qui m’habitait.

Aussi, débordant d’enthousiasme, me suis-je à maintes reprises essayé au roman. Partant, j’avais en tête très clairement le début et la fin du récit ; j’avais aussi l’idée de l’intrigue que je me faisais fort de développer au fil des pages. Seulement, au bout du premier chapitre, l’enthousiasme commençait à faiblir, sous l’influence d’idées qui me paraissaient plus originales.


Je devenais alors un détracteur impitoyable de l’ouvrage que je venais d’entreprendre. A mon sens, ma prose manquait d’allant et d’originalité, mes personnages me semblaient trop conventionnels, mon style manquait de vigueur. Enfin, les feuillets laborieusement noircis, devenus lettre morte, allaient moisir au fond d’un tiroir.

Cependant, je songeais à un nouvel essai me promettant que, cette fois, j’irais jusqu’au bout, quel que soit le destin du manuscrit, fût-il voué aux flammes du désespoir. En vain. A peine avais-je fini le premier chapitre que je ne croyais plus à mon histoire.

Le seul récit que j’ai réussi à achever, «L’affaire des bombes», a été refusé par le premier éditeur à qui je l’ai adressé. Les éditions du « Fleuve Noir ». J’aurais pu le retravailler, quitte à entreprendre une refonte complète du texte. Je n’en ai pas eu le courage.

Avec le recul, je suis persuadé que cela en aurait valu la peine. J’ai préféré le réduire en cendres. Cet échec n’a fait qu’aggraver mes inhibitions ; il m’a fallu plus de dix ans pour m’en remettre.

C’est au tournant de la cinquantaine, abordée péniblement à la suite d’une déception amoureuse, que j’ai fermement décidé de devenir un écrivain pour de vrai. J’écrirai tant que j’aurais la force et la lucidité nécessaires pour tenir la plume.

Pour commencer, j’ai pensé que le mieux serait de raconter ma propre histoire. Pas besoin de plan ni d’inventions plus ou moins vraisemblables. Il me suffirait de débusquer mes souvenirs sous la gélatine des années, leur restituant autant que faire se peut les pulsations de ma vie passée. Ma plume ne risquait pas de languir, essoufflée, elle puiserait son énergie dans la matière vivante qu’elle aurait à traiter, participant ainsi à une sorte de catharsis qui aboutirait à sa libération définitive.

Toutefois, comme une fumée tenace que le vent n’arrive pas à disperser, le doute, malgré ma ferme résolution, subsistait dans mon esprit, projetant la crainte d’un nouvel échec aux frontières de l’univers que je voulais créer. Cette fois, si je n’allais pas au bout de mon entreprise, je savais que les conséquences seraient désastreuses pour mon avenir. Dès lors, mon ardeur à la tâche se trouva redoublée.

vendredi 24 mars 2017

L'hydre barbare

 

L’hydre barbare

Des nuages rouges s’étirent dans le ciel. C’est l’été. Le temps est doux et la pluie ne menace pas. Le danger est ailleurs, chez des humains devenus barbares, aimant la souffrance et la mort. Pauvres pantins manipulés !

Oui, l’hydre qui a frappé Nice reparaît en Normandie. On n’est pas plus en sécurité dans une église que sur un trottoir ou dans son lit. On n’est à l’abri nulle part. Mais, ne cédons pas à la panique, ne laissons pas s’installer parmi nous un climat de suspicion envers l'autre. Ouvrons l’œil tout en nous efforçant de vivre normalement.

Les terroristes ne s’embarrassent plus avec des questions de logistique. Un camion à Nice, un simple couteau à Rouvray. Ce nouveau mode opératoire laisse les forces de sécurité désemparées. Elles ne peuvent pas être partout à la fois, elles risquent, de ce fait, d’arriver souvent quand le mal est déjà fait.

Vu la nouvelle stratégie terroriste, il faudra bien que les RG infiltrent les milieux islamistes et fassent remonter le plus possible d'information à temps, de façon à ce que les autorités soient à même d’intervenir en amont. A la guerre comme à la guerre !

En attendant, je compatis à la douleur des proches du père Jacques Hamel, victime d’une mort atroce. Un homme de foi, digne et respecté, exerçant son sacerdoce au-delà de l’âge de la retraite. Si le paradis existe, il devrait y monter tout droit.

Entre-temps, le discours électoraliste de l’opposition est consternant. Ses leaders ne pensent qu’à l’élection présidentielle, laissant entendre que, s’ils étaient aux commandes, les terroristes seraient vite fait bottés hors de France. Mais, pour le moment, à ma connaissance, on n’a pas encore suggéré l’installation de lance-roquettes en haut des clochers.

Laissons-les clabauder à leur aise. Si demain ils reviennent aux affaires, croyez-vous que la douce France retrouvera la paix, la prospérité et le bonheur de vivre du jour au lendemain ? Ouvrez le catalogue de leurs promesses non tenues depuis trente ans, vous y trouverez aisément la réponse.

J. L. Miranda

 

jeudi 23 mars 2017

Quel gâchis !

M. Fillon connaît la chose publique de l’intérieur, il ne pouvait pas ignorer que tout finit par se savoir. Alors, comment en est-il arrivé là ?

A l’issue de la primaire, il est devenu le candidat incontestable et incontesté de la droite. On voyait en lui le prochain président de la République. Qui pourrait le battre ? En plus de l’expérience du pouvoir, il s'était forgé l'image d'un homme honnête, avec une intégrité morale sans faille.

Naturellement, il a suscité beaucoup d’espoirs. Moi-même, j’ai cru voir en lui le Schroeder français, l’homme providentiel. Il ferait les réformes structurelles qui s’imposent pour mettre la France sur les rails de la croissance économique, créatrice d’emplois.

Et puis patatras ! Voilà que les affaires noircissent l’horizon, que l’image de l’homme providentiel se ternit. Ses chances de devenir président sont désormais sérieusement compromises, quelle que soient les décisions de la justice.

C’est une situation inédite dans la Ve République. A un  mois du premier tour, la droite peine à se faire entendre. Et s’il devient président, avec quelle légitimité peut-il demander des sacrifices aux Français pour réformer le pays ? La légitimité des urnes ne suffit pas, une bonne partie de l'opinion lui sera toujours défavorable. Dans les manifs, qui seront virulentes, on ne manquera pas de brandir des slogans rappelant les affaires.

Comment a-t-il pu en arriver là, lui qui n'a cessé de répéter qu’il faut être irréprochable pour accéder a la fonction suprême ?

L’ambition de devenir un jour président de la République doit le talonner depuis le début de sa carrière. Il était si près de toucher au but. Mais il n’a pas su éviter les écueils qui ont été fatals à d’autres avant lui.

Il semble tenir bon pour le moment. On dit que ses soutiens font bloc autour de lui. En fait, ce n’est qu’une façade qui se fissure un peu plus chaque jour. Beaucoup, et pas des moindres, recherchent une porte de sortie. Il est vrai qu’il y a loin entre les hauteurs où il s’est hissé et le bourbier où il se débat. Comment l’imaginer président de la République, après ses affaires qu’il traînera longtemps comme un boulet ?

Il  s’accroche dans l’espoir que les affaires seront oubliées, mais de nouvelles révélations paraissent régulièrement. Deux nouveaux chefs d'inculpation ont été annoncés par les médias: escroquerie aggravée et faux et usage de faux. De nouveau, M. Fillon dénonce une machination orchestrée par le pouvoir. Il prétend avoir respecté la loi, répète que les preuves de son innocence on été fournis au PNF.

On a du mal à croire qu'un magistrat expérimenté comme M. Tournaire aurait mis M. Fillon en examen, au lieu de témoin assisté, s'il n'avait pas d'indices tangibles de sa culpabilité.


Sans doute, M.Fillon a-t-il la carapace solide, mais elle n'est pas sans défaut. Alors, en bon chrétien, il peut toujours prier le ciel pour que les sondages remontent au plus vite. 

J. L. Miranda 


mercredi 22 mars 2017

Viagra pour les femmes


Le Lybrido, tel est le nom du produit miracle, soulève des questions graves avant même d’être commercialisé. Le résultat des essais cliniques serait si concluant que la Food and Drugs Administration, l’équivalent américain de l’ANSM, agence française du médicament, redouterait des conséquences sociales néfastes. C’est que le Lybrido serait trop efficace, une espèce de passeport pour une vie sexuelle exubérante. 

En clair, l’utilisation de Lybrido augmenterait de façon exponentielle l’infidélité des femmes, avec le risque de "cocufication" massive des mâles, et, à terme, la mise à mal de la monogamie prônée par les religions monothéistes et régie par la loi dans la civilisation occidentale.

À ce propos, que dit Daniel Bergner, journaliste au New York Times, dans son dernier livre «Que veulent les femmes ? » Selon lui, l’objet du désir de ces dernières ne serait pas une montre Cartier ou une rencontre avec le prince charmant, mais le sexe, encore du sexe et toujours du sexe. Il s’appuie sur les résultats de recherches scientifiques, suivant lesquels, quand on caresse le clitoris des rates, elles en redemandent, et il en serait de même avec les guenons.

On constate une fois de plus que tout est bon pour réussir un coup médiatique. Mettre en parallèle la sexualité des rates et des guenons avec celle plus complexe, ô combien !, des filles d’Ève, est un pas que seuls osent franchir ceux qui font la promotion de leur personne et de la marchandise qu’ils cherchent à vendre.

Quoi qu’il en soit, n’ayez pas peur du Lybrido, Mesdames. S’il peut fondre la glace de votre cœur pour y faire jaillir un volcan, c’est votre vie qui se trouvera élargie aux frontières de la jouissance amoureuse.

Il n’empêche que, à mon sens, l’Amour est et restera toujours le meilleur aphrodisiaque. On confond souvent l’amour et le sexe, comme si c´était du pareil au même. Cet amalgame est de tous les temps. Je l’ai souvent trouvé sous la plume virile de l’intellectuel cynique, probablement déçu par la médiocrité de sa vie sentimentale. 

Ils ignorent peut-être que pour aimer il faut du cœur, je veux dire une aptitude, une vocation. C’est une affaire d’hormones, prétendent-ils. La croyance au bonheur de l’amour serait l’apanage des femmes. Et moi, que je suis un homme, je leur réponds sans détour. S’ils ne parlent que de sexe, c’est qu’ils n’ont jamais connu autre chose, ou bien qu’ils craignent que l’on remette en cause l’éternelle suprématie du pénis sur la vulve

J. L. Miranda

jeudi 16 mars 2017

Petits pénis

Cet article se destine à rassurer les mâles mal à l'aise, parce que la nature les a dotés d'un membre viril pas très imposant.

Le plaisir sexuel, suivant son intensité, est le ciment qui rend solides et durables les liens qui unissent un homme et une femme. Il y va du bonheur du couple. L'homme mal pourvu pour les ébats amoureux est-il relégué pour autant au tableau des deuxièmes choix aux yeux des femmes?

Oui, et c'est injuste, sans fondement. Il est victime du fantasme féminin du sexe XLL que l'on croit, à tort, maître de la jouissance suprême. Il y a tellement de choses (autres que le pénis)  qui ont un rôle important dans des ébats d'un couple! Je peux vous assurer que la taille de ce dernier est loin d'être une condition sine qua non pour grimper aux rideaux.

Il n'empêche que certains hommes sont complexés par la petite taille du frétillant; ils manquent d'audace et de confiance en soi au moment de passer à l'acte. C'est cette inhibition qui est la source véritable de leur malheur, bien plus que le faible volume de l'engin.

Certaines femmes lient la taille du sexe à son efficacité dans son rôle de piston; cela parce que nous vivons dans un monde où le culte de la performance prime tout le reste. Elles testent les hommes au lit avant de s'engager plus loin.

C’est-à-dire que, à ce moment-là, elles ne sont pas amoureuses, d’où l’importance qu’elles donnent à la mécanique du plaisir sexuel, parce qu’elles ne considèrent à priori que l’amour physique, les rapports charnels avec les hommes.

Il est certain que l'union heureuse d'un homme et d'une femme repose sur l'épanouissement sexuel. Qui peut de bonne foi nier cette réalité ? Beaucoup de divorces sont dus à des incompatibilités dont celle liée aux rapports sexuels médiocres, que l'on met trop vite sur le compte d'un pénis de taille au-dessous de la moyenne.

On oublie volontiers le tempérament des deux partenaires, l'ardeur de la femme et la maladresse de l'homme dans les préludes, par exemple, pour se fixer sur un préjugé, somme toute secondaire.  
C'est dommage d'autant plus que, de nos jours, les accessoires pour pimenter les ébats au lit font légion. Il suffit d'entrer dans un sex-shop pour s'en apercevoir. 

J. L. Miranda


vendredi 20 janvier 2017

Un fou à la Maison Blanche



Le jour fatidique est arrivé. Un fou à lier prend possession de la Maison Blanche. Le plus inquiétant est qu'il aura sous la main un arsenal nucléaire capable de détruire notre planète bleue. On veut croire qu'il prêtera l'oreille à ses conseillers, mais est-il à l'abri d'une impulsion incontrôlable? D'après ce qu'on a dit et écrit sur lui, ce n'est pas un cartésien, il se fie plus à l'instinct qu'à sa raison, comme les fauves. Il insulte les femmes, méprise l'Europe (sauf la Grande-Bretagne), fait la leçon à Madame Merkel, veut nouer des relations cordiales avec Vladimir Poutine; et, comme un cadeau en gage d'amitié, il songerait à se désengager de l'OTAN qu'il considère obsolète. Le maître du Kremlin s'en réjouit, tandis que les pays ayant fait partie de l'Union Soviétique doivent faire des cauchemars.Il ne connaît rien en géopolitique, pense qu'on peut diriger la première puissance mondiale comme une entreprise. Parce qu'il a réussi en tant qu'homme d'affaires et qu'il s'est relevé après avoir fait faillite, beaucoup de ses électeurs ont cru naïvement qu'il donnera leur pays le rayonnement d'autrefois.Nous, européens, avons tout à craindre et presque rien à espérer de cet individu. Personne ne l'a vu arriver, lui même ne croyait pas vraiment qu'il allait gagner. Pourtant, ce type grossier, vulgaire, narcissique est là, dans le bureau ovale, occupé autrefois par les pères fondateurs des Etats-unis d'Amérique - un fauteuil dont il aura du mal à se montrer digne.Parce qu'il est fou. Si vous ne me croyez pas, lisez les déclarations de son ancien cuisinier:Le chef en question est un Français âgé de 76 ans, originaire de la Sarthe. Il se souvient d'un patron très lunatique. « Il m'adorait. C'est un type très tempéramental », raconte-t-il. Mais le Sarthois a déchanté le jour où il a commencé à [lui] taper dessus. Tout a dégénéré après un dîner chez le magnat new-yorkais. L'un des convives confie à son hôte avoir apprécié la salade César préparée par le chef mais avoir été déçu par le fromage. « Donald Trump s'est levé comme un fou. Il est venu en cuisine pour nous insulter comme un charretier», se souvient le chef français. Le cuisinier a ensuite été renvoyé. « Il ne m'a jamais payé », affirme-t-il. « Lui, c'est la guerre »Rancunier en plus d'être colérique, Donald Trump aurait ensuite tout fait pour nuire à son ancien salarié. Le Sarthois a en effet été engagé au service de Céline Dion après ses mésaventures avec le candidat à la Maison-Blanche, mais ce dernier aurait tenté de le faire licencier.« C'est incroyable. Je ne sais pas s'il a un peu de cervelle. Il est cinglé, livre aujourd'hui le chef. Trump président ? On va rigoler. Lui, c'est la guerre. Non seulement ce sera la guerre dans le monde, mais aussi ici. Le gars est fou. Je crois qu'il a un problème mental. »J. L. Miranda