jeudi 6 avril 2017

Le Burkini




  

La difficulté des rapports avec les musulmans n’est pas uniquement française, mais elle est incontestablement plus complexe et violente chez nous qu’ailleurs.

Souvenons-nous de l’embrasement de nos banlieues en 2005. Alors, Daesh ne menaçait pas l’Occident, il n’avait pas la capacité de nuisance qu’on l’a laissé acquérir par la suite. On ne peut donc pas dire que les attentats revendiqués par l’organisation terroriste sont à l’origine du problème. Ils l’ont juste ramené sur le devant de la scène médiatique, mettant en relief son caractère urgent.

Une constatation s’impose à l’esprit, pour peu qu’on s’intéresse à l’actualité : les gouvernements successifs, depuis 2005, n’ont pas su ou voulu prendre les mesures qui s’imposaient pour favoriser l’intégration des Français d’origine maghrébine. D’ailleurs, leur intégration est une entreprise de longue haleine qui aurait dû être envisagée sérieusement bien avant.

J’ai côtoyé dans les ateliers des usines de nombreux Arabes. La plupart d’entre eux tenaient, à l’égard de la France et des Français, des propos qui montraient leur rejet de nos valeurs. J’ai pu aussi observer comment des ouvriers français de type européen voyaient leurs camarades qui avaient leurs racines de l’autre côté de la Méditerranée. Leur discours était imprégné d’arrogance, de mépris et d’un sentiment de supériorité humiliant.

Cela ne signifie pas que l’entreprise d’intégration, si elle était menée sérieusement par des hommes animés de la volonté d’aboutir, se serait fatalement soldée par un échec. Mais il n’est pas trop tard pour prendre la question à bras le corps. Malheureusement, dans ce domaine au moins, la philosophie chère à M. Chirac – « Il n’existe pas de problème que l’absence de solution n’ait fini par résoudre » – semble avoir prévalu après lui, pour le plus grand malheur de la France.

Il est indéniable que l’action des salafistes nuit à l’intégration des musulmans. Pourquoi les laisse-t-on prêcher leur doctrine intégriste en toute tranquillité ? Ils multiplient les provocations, vont de plus en plus loin, avec un plan bien précis : diviser les musulmans et déstabiliser la société française. Avec le burkini, leur dernier coup en date, ils ont réussi à semer la zizanie dans les plus hautes sphères du pouvoir. M. Valls et deux de ses ministres s’opposent sur le sujet. S’agit-il encore d’une erreur de communication du Premier ministre ?

En tout cas, sa position radicale ne favorise pas l’intégration difficile des femmes musulmanes, c’est le moins qu’on puisse dire. Je me demande pourquoi les questions de ce genre semblent insolubles en France, alors qu'en Allemagne et au Royaume-Uni, par exemple, cela ne provoque pas de grands remous. La capacité française d’intégration serait-elle en panne ?

Peut-être que le rajeunissement de la classe politique nous remettrait en phase avec l’évolution rapide du monde. Chez nous, on prend les mêmes et l'on recommence. On dit que les vieux routiers de la politique ont l’indispensable expérience du pouvoir, et c’est vrai, mais ils manquent d’idées neuves, d’audace et d’imagination. Quand ils sont aux affaires, leur action est très vite conditionnée par l’échéance électorale à venir. Moi d’abord, la France et les Français ensuite. Autant dire que l’homme providentiel n’est pas encore inscrit sur la liste des prétendants.

Liberto Borges

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