mercredi 22 mars 2017

Une affaire de cocottes

La société Cipriest & cie, qui produisait des ustensiles de cuisine en tous genres, avait de graves difficultés. Après le succès de leur presse-purée électrique et de la casserole à couscous, ses dirigeants se se sont endormis sur leurs lauriers, investissant moins dans la recherche et l’innovation.

Ils se sont réveillés quand le carnet de commandes se trouvait déjà à moitié vide. Il fallait rénover le catalogue avec de nouveaux produits plus performants ; il y allait de la survie de l’entreprise. Mais il n’était-il pas déjà trop tard ? Leurs concurrents directs, Mijon & fils, qui venaient de lancer sur le marché la cocotte sifflante, avaient pris une sérieuse avance sur eux.

Au surplus, voyant leur entreprise sur le point de couler, le personnel, déprimé par des perspectives d’avenir peu réjouissantes, n’avait plus le cœur à la tâche. La production avait chuté d’un quart les derniers mois.

Le conseil d’administration a été convoqué d’urgence ; au cours de la réunion, le PDG fut limogé sans préavis. Le directeur technique, M. Audibert, a pris provisoirement la direction de l’entreprise. Il a cherché avant tout un homme à poigne, capable de remonter le moral du personnel.

Il a décidé de débaucher Vangel, un contremaître de chez Mijon & fils, lui proposant le poste de directeur technique, chargé du redressement productif. Rien à voir avec Arnaud Montebourg, bien entendu. 

Vangel avait un physique ingrat, le visage grêlé, le regard laid. De plus, il ne brillait pas non plus par son intelligence et sa psychologie. On disait même que son ancien employeur était bien content de le voir partir.

Le jour où Vangel a pris ses nouvelles fonctions, M.  Audibert a tenu à l’accompagner dans une visite aux ateliers. Le PDG par intérim lui a rappelé la tâche importante qui était la sienne : motiver le personnel, relancer la production.

Tout s’était très bien passé jusqu’au service de finition et emballage. Là, Vangel est tombé sur un homme qui, les bras croisés, discutait avec les ouvriers occupés à leur travail. Alors, le nouveau directeur technique trouva là l’occasion de faire un exemple, afin de frapper les esprits, donnant ainsi le ton d’une nouvelle ère qu’il voulait marquer de son empreinte.

« Eh vous, là-bas ! vous vous croyez où ? Reprenez votre poste immédiatement » a-t-il crié avec autorité.
L’interpellé a souri, amusé, et il continua de causer comme si de rien n’était.

« Vous êtes sourd ou vous vous moquez de moi, hein ! Eh bien ! Vous êtes puni de trois jours de mise à pied. La sanction prend effet immédiatement. Allez-vous-en maintenant !»

« D’accord, monsieur, je m’en vais. Au plaisir ! fit le bonhomme, la mine réjouie.

Les ouvriers parlaient entre eux à voix basse, certains ne pouvaient pas s’empêcher de rire.

« Vous trouvez ça drôle, vous ? Qu’est-ce qui vous fait rigoler? s'écria Vangel, qui était devenu pâle de colère.

L’un des ouvriers se tourna vivement vers lui, sous le regard gouailleur de ses collègues.

« Oui, c’est très drôle, monsieur. Vous venez de punir un homme qui n’est pas de chez nous. Il est venu livrer des cartons d’emballage, a-t-il précisé, provoquant l’hilarité générale.

J. L. Miranda




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